Blog

Sanofi Mourenx : Stop à la république des pollueurs !

    Ballade du portrait du Président Macron devant Sanofi Mourenx

Groupe d’Action Non Violente-COP 21 d’Oloron-Ste-Marie

Stop à la république des pollueurs !

La dépakine de Sanofi, un vaste scandale sanitaire

Ce lundi 17 février nous faisons visiter symboliquement à Emmanuel Macron le site de production du médicament phare produit par l’entreprise de son ami Serge Weinberg, Sanofi, dont les ouvriers sont par ailleurs en grève depuis 3 mois. Seul site mondial de production de la dépakine (valproate de sodium), dont le laboratoire sait depuis 1980 que son administration chez les femmes enceintes entraîne des cas d’autisme chez leurs enfants, Sanofi a toujours refusé de payer des indemnisations aux victimes, et a été mis en examen le 4 février.

Le groupe a aussi été mis en cause l’an dernier pour des émissions de produits toxiques autour de l’usine de Mourenx dont les pics sont 190 000 fois supérieurs aux normes, faisant ainsi peser sur les employés de l’usine, les riverains et l’environnement un risque sanitaire inacceptable. Nous dénoncons plus largement l’ensemble des pollutions industriels du bassin de Mourenx.

Nous dénoncons les liens toxiques entre le Président Macron et Sanofi

Nous voulons ainsi dénoncer les collusions entre le pouvoir et l’industrie pharmaceutique, qui se sont manifestées une fois de plus honteusement début janvier par la remise par l’état de la légion d’honneur à Mr Weinberg, président de Sanofi.

Quels services Mr Weinberg a-t-il rendu à la nation, augmenter les dividendes versés à ses actionnaires de 234 % tout en baissant les emplois au sein du groupe de 16 % ? Taire les effets de la dépakine sur les enfants de femmes épileptiques qui l’ont utilisée ? Refuser les études d’impact du bromopropane et autres rejets toxiques autour de l’usine de Mourenx ?

En sortant le président Macron sans qu’il soit accompagné par son ami Mr Weinberg nous voulons lui faire rencontrer les associations de défense de l’environnement, les associations des victimes de la dépakine et des riverains qui respirent chaque jour des produits toxiques,  les employés de l’usine de Lacq en grève pour qu’entre autres soient pris en compte les risques que leur travail fait peser sur leur santé.

Mr Macron, nous vous souhaitons bienvenue dans un monde que vous ne connaissez que trop peu…

L’envolée des prix des médicaments

Communication au 7ème colloque “Sur et Sous-médicalisation, sur diagnostic et surtraitements »  29-30 novembre 2019

Merci d’avoir sélectionné notre poster sur l’envolée des prix des médicaments et de nous donner ainsi l’opportunité de communiquer, au nom de tout le groupe, sur notre initiative d’un médicament pensé comme un bien commun.

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée en 1948, reconnaît (article 25) un droit à la Santé et à la Protection Sociale. La santé humaine est multifactorielle : cela va des conditions à l’accès aux besoins vitaux tels que l’eau, l’alimentation, aux conditions de travail, en passant par l’environnement et le risque d’exposition à la pollution, et enfin à l’accès aux soins de santé. Le médicament fait partie des soins, et son accessibilité à toutes et tous est une condition indispensable à la jouissance du droit à la santé.

Cet objectif d’une totale accessibilité est loin d’être atteint : des millions de personnes dans le monde meurent faute de soins ou d’accès aux médicaments, notamment à cause de leur prix, objet de notre poster présenté à ce colloque, qui est au cœur de cette problématique de l’accès aux soins de santé.

Depuis plus d’une décennie, nous constatons une envolée des prix. Cette augmentation est flagrante pour les nouveaux traitements dits innovants, notamment ceux issus des biotechnologies. Les exemples sont nombreux : en France le traitement d’un cancer ou d’une polyarthrite rhumatoïde par un anticorps monoclonal est de l’ordre de 20 000 € à 40 000 € par an,  le traitement du mélanome par le Keytruda est chiffré environ à 180 000 Euros par an et par patient (soit 6000 Euros  /mois).

Le montant des dépenses des médicaments contre le cancer, est ainsi passé de 24 milliards en 2008 à 80 milliards en 2014, faisant de l’oncologie l’aire thérapeutique la plus rentable pour les industries pharmaceutiques.

Deux thérapies géniques contre les cancers (deux traitements CAR-T), le Kymriah® de Novartis et le Yescatya® de Gilead, sont vendues en Europe respectivement   320 000 et 350 000 euros par patient-e.

Aux Etats-Unis, une autre thérapie génique, administrée en dose unique, le Zolgensma, développée par le laboratoire Novartis vient de recevoir l’approbation de la FDA (autorité sanitaire américaine), au prix de 2,125 millions de dollars la dose.

La hausse des prix des médicaments n’est d’ailleurs pas cantonnée aux nouveaux médicaments. Des molécules déjà présentes sur le marché, connaissent des hausses de prix spectaculaires et injustifiées. Aux Etats-Unis le prix de l’insuline a plus que doublé en quinze ans : le Lantus de Sanofi a vu son prix passer de 99,35 dollars en 2010, lors de son lancement, à 269,54 dollars en 2018, (soit une hausse de 171,3%). L’Avastin est passé de 10 à 100 euros, soit une hausse de 1000%, lorsque son usage a été étendu au traitement de la dégénérescence maculaire,

Cette inflation des prix n’est pas sans conséquences sur les populations. La principale est l’augmentation des inégalités d’accès aux médicaments. Onze millions de personnes meurent chaque année de maladies infectieuses faute d’avoir accès aux médicaments essentiels. Deux milliards d’êtres humains n’ont pas accès aux soins de santé de base, parce que ceux-ci sont trop coûteux. C’est vrai pour les pays du sud mais également pour ceux du Nord : Aux USA près de 30% de la population renoncent aux soins, 7% des patients en France et 18% en Grèce renoncent aux prescriptions, principalement en raison du coût des traitements.

Ces prix exorbitants conduisent les décideurs de la santé à une hiérarchisation des malades : c’est le cas avec le traitement de l’hépatite C par le Sofosbuvir, (initialement vendu 41000 Euros la cure). Seuls les patients ayant atteint un certain stade de fibrose ont été admis au bénéfice du traitement, alors qu’en termes de santé publique, le traitement du plus grand nombre est essentiel afin d’enrayer durablement l’épidémie et d’éviter de nouvelles contaminations…

Cette sélection de malades pour un accès à un traitement risque de s’étendre à d’autres indications, comme le cancer par ex, au vu des prix faramineux des anti-cancéreux.

Ces prix mettent en danger notre système de solidarité : à terme, l’assurance maladie ne pourra plus faire face à la croissance inexorable des dépenses de santé. D’ores et déjà des réductions sont régulièrement annoncées : réduction du taux de prise en charge par l’assurance maladie de dépenses de santé, réduction des budgets hospitaliers, amplification des déremboursements de médicaments et d’actes médicaux. Ces dispositions favorisent la privatisation des systèmes de santé par une augmentation du financement privé du risque maladie, qui est passé de 5.3% en 1980 à 13.3% en 2015.

Pourquoi des prix si élevés pour les médicaments ?

L’IP (Industrie Pharmaceutique) se justifie par des arguments plus fallacieux les uns que les autres : elle invoque le coût de la R&D (recherche et développement) qui atteindrait 2 milliards de dollars, mais elle omet de mentionner le montant des investissements publics en recherche et les crédits d’impôts dont elle bénéficie : Ex en France, en 2019, plus de 600 millions d’euros de Crédit d’Impôt Recherche (CIR) sont alloués aux industriels privés au titre de la recherche pour la santé. Il est notoire que les frais de R&D annoncés sont artificiellement gonflés par les dépenses de marketing et de lobbying réalisées pour positionner avantageusement leurs produits « sur le marché ».

Un autre argument invoqué est que les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain pour le développement de nouvelles thérapies.  Dans les faits, 50 à 100% des bénéfices sont distribuées aux actionnaires.

En réalite le prix est plus déterminé en fonction de ce que le malade est prêt à payer pour rester en vie que du service médical rendu (SMR), ou du coût réel de la production.

Force est de constater que la politique de santé est dominée par les lois du marché et de la finance, que ce sont les entreprises vendeuses qui décident de façon exclusive de leurs conditions de vente, et que face à elles, les pouvoirs publics n’affirment pas suffisamment leurs exigences, en termes de prix ou de sante publique.

De tous les secteurs industriels, celui du médicament est de loin le plus profitable : le chiffre d’affaire des multinationales dépasse les 1000 milliards d’Euros, avec une rentabilité de 20 %.

 

Comment justifier les profits exorbitants de cette industrie ?

Le médicament est considéré par les IP comme un bien de consommation comme les autres, dont le prix de base devrait être fonction de l’offre et de la demande, comme pour n’importe quel business. Cette démarche a été facilitée par l’intégration du médicament aux activités commerciales de l’Organisation Mondiale du Commerce (l’OMC) en 1994 (accord de Marrakech), alors qu’il était jusqu’à cette date exclusivement sous l’égide de l’Organisation Mondiale de la Santé (l’OMS).  Transformé en « marchandise », dans le Traité commercial de libre échange TAFTA, signé en Juillet dernier, le médicament voisine avec les pompes à vélo et les poulets aux hormones.

De plus en 1994, l’OMC a légitimé internationalement les droits du Brevet d’Invention appliqué aux médicaments devenus marchandises. A chaque mise sur le marché d’un nouveau traitement est associé un brevet qui octroie, pour une période de 20 ans, une exclusivité de production et de commercialisation à la firme détentrice, lui assurant un monopole. Il y a une incidence directe et forte de la réglementation des brevets sur les prix des médicaments, le brevet conférant aux entreprises une position de domination dont elles usent pour imposer leur prix de vente aux gouvernements.

De plus en plus souvent des voix s’élèvent contre les abus de monopole liés aux brevets ; un exemple récent (février 2019) : en Inde, Johnson & Johnson (J&J) a voulu breveté la forme saline d’un anti tuberculeux (la bédaquiline), pour prolonger sa position monopolistique et vendre son produit au prix fort (400$ pour six mois), retardant d’autant l’entrée sur le marché du générique moins cher. Des activistes soutenus par MSF, se sont élevés contre cette prise injustifiée de brevet.

Plus récemment encore (juillet 2019) MDM s’est opposé au brevet du KYMRIAH, pour dénoncer son caractère abusif, et le prix excessif de ce traitement, véritable barrière à l’accès aux soins pour toutes et tous.

La santé de tous, finalité et justification initiales des laboratoires a disparu. La volonté de conquérir les « marchés émergents », tel que celui de la Chine, est devenu la priorité. Les IP favorisent la production pour le profit, à l’opposé de leur vocation initiale : la santé des hommes.

Ce qui signifie que, via le prix du médicament, c’est la survie de 7 Mds d’humains que détiennent entre leurs mains quelques dizaines d’hommes par la seule légitimité d’être installés au faîte de quelques multinationales. Ils se sont enrichis grâce aux cotisations sociales payées par les millions de cotisants malades et bien portants. A aucun moment, ceux-ci, premiers concernés, ne sont admis à participer aux décisions qui les concernent pourtant en premier lieu puisqu’il y va de leur survie.

Le médicament ne peut pas être un bien marchand : il doit être libre de droits exclusifs. Il est temps que nous nous approprions les médicaments et produits de santé, largement financés par les contribuables. Ils doivent être pensés comme un Bien Commun et accessibles au plus grand nombre. Ils ne peuvent pas être source de profit.

Nous devons changer de paradigme, l’IP doit revenir à ce qu’elle doit être : une industrie au service de la santé publique.  Pour que les besoins de santé de la population humaine prévalent sur les spéculations financières, le médicament doit sortir des règles de l’OMC, la notion de propriété intellectuelle appliquée aux Brevets sur les médicaments doit être revue. Pour que soient pris en compte les intérêts humains majeurs en matière de Santé, mobilisons-nous pour que soit instauré un regard démocratique des patient(e)s et des citoyen(e)s sur la politique du médicament. Ce qui pourrait se réaliser par la mise en place de partenariats entre société civile, des citoyen(e)s et des élu(e)s, centrés sur les exigences sociales, animés par celles et ceux qui s’inscrivent dans le mouvement de la société. C’est possible si soutenus par une forte volonté politique.

Mesdames, Messieurs je vous remercie au nom de notre groupe et des centaines de cosignataires du Manifeste que vous trouverez sur le site www.medicament-bien-common.org et que nous vous invitons à signer.

Intervention de Eliane Mandine, au nom du groupe

Colloque: Scandales sanitaires, scandale démocratique (Assemblée nationale)

Colloque organisé par François Ruffin, député de la première circonscription de la Somme, Co-présidé par Gérard Bapt, député honoraire, médecin. Jeudi 26 septembre 2019

Pour une appropriation citoyenne active et solidaire de la Santé.

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée Générale de Nations Unies le 10 Décembre 1948, reconnaît dans son article 25 un droit à la Santé et à la Protection Sociale. Ce Droit comporte de nombreuses composantes de notre quotidien. A la qualité du logement ou de la nourriture s’ajoute celui qui nous réunit aujourd’hui : la Santé. L’une des conditions du plein exercice de ce Droit Humain Universel est donc le total accès aux médicaments comme aux autres modes de soins qu’ils soient de routine ou d’urgence. Le médicament, par sa quotidienneté, y occupe une place de 1er plan. Place qui va croissant aux deux extrémités de la vie: en raison, par exemple, du passage à la chronicité d’affections, mortelles à 100%,  jusqu’à ces dernières décennies ; en raison aussi de l’extension d’affections liées aux pollutions aériennes urbaines telle la croissance régulière de l’asthme infantile. Dépendant jusqu’à 1994 de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) le médicament, à cette date, est passé sous la houlette de l’Organisation Mondiale du Commerce (l’OMC). Transformé en «marchandise» le médicament voisine avec les pompes à vélo ou les chevaux de course dans le Traité commercial dit TAFTA, voté en Juillet dernier. Son prix, donc son accessibilité, dépend alors de décisions commerciales où la spéculation trouve toute sa place. Il devient alors moteur d’inégalités DANS les peuples comme ENTRE les peuples (Inégalités dont un rapport du Bureau International du Travail (BIT) de Juillet 1944 soulignait le rôle dans le déclenchement des conflits armés). Ce qui signifie que, via le prix du médicament, c’est la survie de 7 Mds d’humains que détiennent entre leurs mains quelques dizaines d’hommes installés au faîte de quelques multinationales par la seule légitimité de leurs capitaux personnels. Capitaux accumulés, pour l’essentiel, grâce aux cotisations sociales payées par les millions de cotisants malades et bien portants, solidaires entre eux. A aucun moment, ceux-ci, premiers concernés, ne sont admis à participer aux décisions qui peuvent concerner jusqu’à leur survie.

N’y a-t-il pas, ici, une contradiction irréductible entre décision financière d’une poignée de dirigeants et absence de consultations de millions d’humains pourtant directement concernés, pourtant cotisants mais aucunement consultés? Cette question s’adresse à SANOFI, comme à Merck/Sharp/Dome ou Novartis et autres, ci-après désignés : les Big-Pharma.

Les Big-Pharma détiennent le monopole du marché du médicament principalement grâce aux droits du Brevet d’Invention appliqué aux médicament-marchandise, droit légitimé fort à propos par l’OMC. Le Brevet donne aux Big-Pharma l’exclusivité de la production et de la commercialisation du produit, le médicament, pour une période de 20 ans. Le brevet leur confère une position de domination dont elles usent pour imposer leur prix de vente aux gouvernements. Cette position de domination de Big-Pharma met en lumière les moyens réels et la motivation principale des pénuries organisés en France et en Europe: pénuries multipliées par 20, comme vous le savez, entre 2008 et 2018. Par ailleurs, l’Etat se désengageant de plus en plus de la recherche publique, ces multinationales, assises sur leurs réserves financières, assujettissent l’organisation et les orientations de la recherche fondamentale à leur avantage. Seuls sont conservés les domaines jugés les plus profitables. Multinationales, elles n’hésitent pas à piller, pour les breveter à leur profit exclusif, la connaissance millénaire de phytomolécules efficaces des indiens d’Amazonie ou ces habitants de Madagascar ou d’Afrique. La santé de tous, finalité et justification initiales des laboratoires a disparu. La volonté de conquérir les «marchés émergents», celui de la Chine en 1er lieu, est LA priorité. Ce n’est plus la santé des hommes.

L’EXEMPLE DE SANOFI : Comme les autres Big-Pharma, depuis 15 ans environ, SANOFI, priorise finance et dividendes au détriment des investissements internes. En 2017, SANOFI verse à ses actionnaires en Mds€ sous forme d’action ou rachats d’actions, en hausse de 15% sur 2017

 SANOFI se désengage ou ferme des Centres de Recherche :

A Romainville, (93) ou à Toulouse (31). SANOFI supprime des axes de recherche comme celui des anti-infectieux au moment où la résistance croissante aux antibiotiques rend possible une crise sanitaire mondiale. Par ses choix, SANOFI menace l’indépendance médicamenteuse de notre pays : en effet, en 2019, ne restent en France, que 4 Centres de Recherche sur les 15 en activité en 2001. Sur la vingtaine d’Axes de Recherche ainsi décimés, il n’en resterait qu’un seul (Oncologie). En une année, 5 plans sociaux successifs ont effacé 1500 emplois. Du coup, il ne reste, en R&D que 3.500 CDI, sur les 6300 de 2008. L‘hécatombe n’a pas empêché SANOFI de toucher environ 130M€/an au titre du Crédit Impôt Recherche : ces 130 M€ représentent le coût de la destruction, cette année, d’un bâtiment et de son matériel entièrement neufs, à Montpellier, avant d’avoir servi une seule minute. Destruction donc entièrement subventionnée.

SANOFI EXTERNALISE la fabrication de nombreuses molécules très  diversifiées. SANOFI veut ignorer que c’est la Sécurité Sociale en remboursant les médicaments dont, entr’autres, la Cortisone, qui a permis la croissance de cette entreprise, grâce au développement des soins de Santé depuis 1946.  SANOFI feint d’ignorer que ce sont ses chercheurs, ses techniciens qui ont assuré sa dimension économique et sa valeur scientifique. En sacrifiant RECHERCHE et SAVOIR-FAIRE au service du Divin Marché, SANOFI sacrifie l’humain et menace, j’y insiste, l’indépendance médicamenteuse de la France. EXTERNALISATION ET SPECULATION contribuent à la pénurie dans les officines et dans les hôpitaux. Souffrance(s) et mort(s) résultent de cette pénurie organisée dans toute l’Europe qui regarde ailleurs. Vous le savez, mieux que personne, cette pénurie affecte tous les domaines : vaccins, antibiotiques, anti-inflammatoires, anti-parkinsoniens ou anti-diabétiques. Ce bilan complète celui du Médiator, celui de la nouvelle formule du Lévothyrox, celui de la prescription non encadrée, de la Dépakine et celui des flacons de sang contaminés , sciemment vendus en 1989, aux enfants hémophiles irakiens, tous morts aujourd’hui.

Pour conclure :

Le médicament ne peut pas être un bien marchand comme les autres : il doit être libre de droits exclusifs. Il doit être pensé comme un Bien Commun, accessible au plus grand nombre. Il ne peut pas être source de profit pour quelques acteurs capitalistes. Le médicament doit sortir des règles de l’OMC, la notion de propriété intellectuelle appliquée aux  Brevets doit être revue pour changer de paradigme, pour que les intérêts humains majeurs en matière de Santé soient pris en compte.

L’INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE DOIT REVENIR A CE QU’ELLE DOIT ÊTRE : UNE INDUSTRIE AU SERVICE DE LA SANTE PUBLIQUE AVEC UNE APPROPRIATION ACTIVE PAR LES CITOYEN(NE)S et LA MAÎTRISE PAR CEUX-CI, DES CHOIX ET ORIENTATIONS DES LABORATOIRES. Nous proposons que soit mis en place des partenariats entre société civile, citoyen(ne)s, élu(e)s, centrés sur les exigences sociales, animés par tous ceux et celles qui se battent et s’inscrivent dans le mouvement de la société.

   Ces CHOIX DOIVENT ÊTRE SOUTENUS PAR UNE VOLONTE POLITIQUE INSTITUTIONNELLE FORTE.

 Mesdames, messieurs je vous remercie au nom de notre Collectif et des centaines de co-signataires du Manifeste

Intervention de M. Morereau, au nom du groupe.

 

 

TRIBUNE: La santé tuée par la finance

Orientation générale des politiques industrielles dans le secteur santé

D’après le contrat de filière des Industries et Technologies de Santé, le discours officiel des acteurs de la santé publique (1) affirme que les Industries de Santé représentent une valeur ajoutée économique et sociale considérable pour la France, comme sources d’innovation, de croissance et de compétitivité. Si le document détaille soigneusement en quoi les « projets structurants » présentés créent une valeur économique, mettant en avant les 90 milliards de chiffre d’affaires et les 35,6 milliards d’euros provenant de l’exportation, la valeur ajoutée sociale est à peine mentionnée dans l’introduction, et les besoins de santé des populations complètement oubliés.

En juillet 2018, lors du Conseil économique des Produits de Santé (CEPS), le gouvernement a garanti aux plus grands groupes pharmaceutiques une croissance de 3 % de leur chiffre d’affaires sur les molécules innovantes. En 2019, plus de 600 millions d’euros de Crédit d’Impôt Recherche sont alloués aux industriels privés au titre de la recherche pour la santé. C’est dire comme il fait bon investir dans l’hexagone en matière d’industrie pharmaceutique.

Le cas Sanofi

Dernière multinationale d’origine française, fleuron de la recherche pharmaceutique française, Sanofi dit vouloir bâtir une compétence scientifique forteet un portefeuille de molécules en interne, qui mèneraient au développement de médicaments les plus innovants pour les patients. Dans le même temps, on assiste depuis 20 ans à une réduction impressionnante de la diversité de ses activités de recherche et de production.

Les arguments avancés par la direction de Sanofi pour étayer sa stratégie sont ceux communs à tous les décideurs, des industriels aux politiques : la nécessité de « s’adapter » à la mondialisation au nom du profit financier.

Une entreprise privée florissante…

 4egroupe pharmaceutique mondial, avec plus de 100 000 collaborateurs dans le monde, Sanofi a généré 35 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2018 et engrangé 6,8 milliards d’euros de bénéfice net. Le groupe affiche une marge nette de 20 % sur les ventes et consacre chaque année entre 5 et 6 milliards d’euros à rémunérer ses actionnaires : palmarès de nature à faire pâlir bien des industriels.

2,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et plus de 15 % de croissance ont été réalisés l’an dernier en Chine, devenu le deuxième marché mondial du groupe français derrière les Etats-Unis et devant la France, marché stratégique de premier plan pour l’entreprise tricolore.

 …bénéficiant en outre des deniers publics

 Chaque année, depuis dix ans, l’entreprise pharmaceutique Sanofi perçoit de l’État entre 120 et 140 millions d’euros via le Crédit Impôt Recherche (CIR de 130 millions en 2018).

Sanofi est partie prenante du programme gouvernemental «Technologies de Rupture dans la Bioproduction»(2), qui vise à développer des technologies nouvelles dans le domaine du développement biologique et de la bio-production. 800 millions sont alloués à ce programme par l’Etat : Sanofi recevra sa part.

Et pourtant  

 En 20 ans, le fleuron de l’industrie pharmaceutique française a été presque entièrement démantelé. De fusion-acquisition en OPA puis de plans d’économie en plans de restructuration, les centres de recherche pharmaceutiques des différentes entreprises  absorbées par le groupe au fil des années : Roussel-Uclaf, Rhône-Poulenc, Delagrange, Delalande, Synthélabo, Sanofi … sont en voie d’extinction irréversible.

De 15 centres de recherche, il y a 20 ans, il n’en reste plus que 4. De la vingtaine d’axes de recherche travaillés, il n’en resterait qu’un seul réellement travaillé en France (oncologie et immuno-oncologie). Des 6300 CDI français travaillant dans Sanofi en R&D en 2008 il n’en resterait au mieux que 3500 avec le dernier plan annoncé en juin (3). En un an, dans les différentes activités du groupe, 5 plans sociaux se sont succédé, entraînant la suppression de plus de 1500 emplois.

Au-delà des licenciements

 Pour 2020, le budget prévisionnel de la R&D est en baisse de 4 % par rapport à l’année 2019. La décision d’abandon de certains axes de recherche ou l’externalisation d’activités entraînent non seulement la fermeture de sites mais aussi, parfois, la destruction de l’outil  industriel, notamment à Montpellier, où le pilote de développement chimique a été rasé sans avoir jamais été utilisé : perte sèche d’un investissement  de 120 M€.

Plus grave encore : cette débandade cause des pertes de savoirs et de compétences difficilement rattrapables.

Ces choix posent un double questionnement quant aux stratégies mises en œuvre pour «bâtir une compétence scientifique forte » et quant à l’usage fait de l’argent public. Comment tolérer que le CIR soit clairement utilisé par Sanofi pour financer les plans de restructuration et non pour développer la recherche et l’emploi scientifiques ?

La perte des savoir-faire et du patrimoine de la recherche

 Les restructurations, les fermetures de centres de recherche, les suppressions d’emplois se font sans transfert des savoir-faire : soit, dans le « meilleur » des cas, les compétences restantes sont déplacées vers d’autres lieux, avec nécessité de reconstruction, soit elles sont transférées sur d’autres activités de recherche, avec nécessité de tout réapprendre, avec des budgets de formation limités. Quelques exemples : recherche anti-infectieuse antibactérienne, antifongique, antivirale abandonnée en 2002 en région parisienne, réimplantée en 2008 à Toulouse, puis transférée à Lyon en 2015 suite au désengagement total de Sanofi du site de Toulouse, pour être bradée à Evotec en 2018 ; en cardiologie, recherche abandonnée en 2010, puis reprise en 2015 et arrêtée en 2019 faute d’avoir conquis le marché américain, le plus rentable ; en immunologie : recherche abandonnée en 2010 à Montpellier, reprise à Vitry, sans transfert d’expertise.

Des activités essentielles dans le développement d’un médicament : développement chimique, études de toxicologie réglementaires BPL, pharmacovigilance, ainsi qu’une partie du département des sciences translationnelles (4)… sont sous-traitées ou externalisées, laissant échapper du même coup les compétences internes du groupe  – et conduisant à la fermeture d’un site de recherche, celui d’Alfortville..

 La perte d’axes de recherche indispensables

 Sont abandonnées les recherches sur de nouveaux antibiotiques pour combattre les maladies infectieuses, alors que les résistances aux bactéries deviennent une grave menace pesant sur la santé mondiale. Egalement abandonnées les recherches sur l’insuffisance cardiaque, sur la maladie d’Alzheimer et bientôt celle de Parkinson, où les besoins thérapeutiques sont pourtant très criants, et aussi les recherchesconcernant les pathologies endocriniennes et métaboliques, ou encore des maladies qui sont de véritables fléaux en Afrique.

Un tel gâchis est la conséquence des plans d’économie successifs et de stratégies à court terme adoptées en fonction des marchés financièrement les plus avantageux. Sanofi se vante de la 25ème année consécutive de l’augmentation de son dividende, obtenue en sacrifiant ses forces internes.

Seuls restent les axes de recherches financièrement ultra-rentables

 La Direction de Sanofi entend se concentrer en France sur les maladies chroniques, qui génèrent 80% des dépenses de santé mondiales, en particulier sur l’axe oncologie et immuno-oncologie, où la perspective financière est la plus élevée : le marché de la cancérologie croît de 10 % par an et pourrait atteindre 200 milliards de dollars en 2022.

Le portefeuille de R&D est orienté vers toujours plus de molécules biologiques (anticorps), celles-ci étant des plus rentables financièrement … mais ne permettant pas à terme de traiter toutes les pathologies.Stratégie qui pose la question, entre autres, du devenir de l’outil industriel orienté vers la production de principes actifs d’origine chimique.

L’axe des vaccins, hautement rentable, est conservé : support essentiel de la prévention, le vaccin reste cependant destiné aux pays dits riches, et inaccessible pour nombre de  populations les plus démunies, les plus directement concernées.

Conséquences

La grande majorité des autres groupes pharmaceutiques appliquent la même stratégie, à savoir la focalisation sur les maladies où la rentabilité est la plus élevée. La compétition va être féroce et la réduction des axes de recherche et de production est suicidaire pour le potentiel scientifique et industriel de Sanofi en France.

Ainsi Sanofi, comme les autres grands labos, se désengage de la production des principes actifs de médicaments essentiels, d’intérêt thérapeutique majeur, jugés moins rentables, avec pour conséquence la multiplication des ruptures (corticoïdes, antibiotiques…).

Cette stratégie à court terme, dictée par des intérêts exclusivement financiers, a déjà une incidence sur l’accès aux médicaments, trop chers ou manquants, pour une partie de la population, et aura un impact à long terme sur le développement de médicaments indispensables, notamment en cas d’épidémie ou pour soigner les nouvelles maladies d’origine environnementale.

L’abandon de la recherche et du développement de médicaments pour les pathologies considérées comme « non ou peu rentables » par les industriels fait que certaines maladies ne pourront bientôt plus être soignées.

Ainsi une partie de l’humanité est-elle sciemment condamnée…

Pouvons-nous rester spectateurs de cette entreprise de destruction ? Il est grand temps, pour les citoyens et les pouvoirs publics, d’arracher la chaîne du médicament, de la recherche à la mise à disposition de patients, à l’emprise mortifère de la finance, pour la reconstruire dans des pratiques respectueuses du partage des savoirs et du droit de tous les humains à la santé. L’enjeu est la survie de l’humanité.

Signé : Manifeste pour une appropriation sociale du médicament

www.medicament-bien-commun.org

(1) d’après le dossier de presse « signature du contrat de filière des Industries et Technologies de Santé » – Conseil national de l’industrie – 4 février 2019

(2)  La tribune ; Plan Deep Tech – Sylvain Rolland ;  30/01/2019

(3) le 19 juin 2019, le groupe pharmaceutique a annoncé la suppression de 466 de postes en France et en Allemagne dans son organisation de recherche & développement, dont 299 postes sur les sites de Vitry/Alfortville dans le Val-de-Marne, et celui de Chilly-Mazarin dans l’Essonne.

 (4)  Sciences translationnelles : discipline scientifique émergente de développement d’applications cliniques pour aider à la validation d’un médicament à partir de candidats médicaments.

 

 

CONTRETEMPS N°42 DOSSIER: Le médicament un bien commun!

Dans le domaine du médicament et de la santé, périodiquement des scandales éclatent dans le champ médiatique, voire judiciaire…
Aujourd’hui il s’agit de la pénurie de certains médicaments : des patients se voient privés de plusieurs remèdes vitaux (ces cas ont été multipliés par 12 depuis 10 ans!
Comment expliquer cela, alors que les grands groupes pharmaceutiques sont parmi les plus puissants de l’économie mondiale et génèrent des profits faramineux?
Quelles relations, trop souvent occultées, avec les choix stratégiques des directions et des actionnaires de Big pharma?

Tout le dossier: www.lesdossiers-contretemps.org

SOMMAIRE

Danielle Montel, Francis Sitel, À votre santé !
Manifeste Pour une appropriation sociale du médicament
Daniel Vergnaud, Libérer le médicament du brevet
et de la domination des Big Pharma
Éliane Mandine et Thierry Bodin, Recherche et finance :
une dangereuse liaison
Eliane Mandine et Thierry Bodin, Prix du médicament :
distinguer le vrai du faux !
Éliane Mandine, Les génériques : médicaments non-brevetés
ou médicaments low cost ?
Annick Lacour, Essais cliniques et pharmacovigilance
Michel Mourereau, Le sang humain n’est pas une marchandise…
Thierry Bodin et Bernard Dubois, Ruptures de médicaments
et de vaccins
Emmanuel (Manolis) Kosadinos, La marchandisation du cerveau
Didier Lambert, co-président de E3M, La controverse
sur l’aluminium vaccinal. Un exemple de la mise sous influence
par l’industrie pharmaceutique du domaine public
Pascale Brudon, Le médicament dans la mondialisation :
40 ans de luttes
Fabien Cohen, Entre enjeux économiques et enjeux de santé publique.
L’Europe et le médicament

Sanofi: déclaration des élus du comité d’entreprise européen

2 juillet 2019

Après des centaines de postes supprimés en Europe par les plans de restructuration des activités industrielles, commerciales et fonctions supports en cours : Convergence, Horizon 2020, SCCOPE, la Direction du Groupe Sanofi informe le Comité d’Entreprise Européen d’un nouveau projet d’organisation de la Recherche & Développement en Europe. La Direction justifie la restructuration de son activité de recherche et développement comme un «recentrage de ses efforts d’innovation vers ses aires thérapeutiques les plus stratégiques».
En 20 ans, ce qui constituait le fleuron de la recherche pharmaceutique française et européenne (Hoechst, Roussel-Uclaf, Rhône-Poulenc, Aventis, Sanofi, Synthélabo, Delagrange, Delalande, Zentiva, Chinoin,…) a été presque entièrement démantelé.

En France, de 17 centres de R&D il y a 20 ans, il n’en reste plus que 5. Par rapport aux multiples axes de recherche qui étaient travaillés en France, il n’en resterait plus que trois : oncologie, immuno-oncologie et vaccins. L’Allemagne connaît une situation comparable à celle de la France, alors qu’en Hongrie, Italie, Espagne et Royaume-Uni, les activités de R&D ont totalement disparu.
Voici quelques exemples récents des orientations dites «stratégiques» de Sanofi qui s’accompagnent de suppressions d’emplois et de perte d’expertises :
° Novembre 2018 : une réorganisation est annoncée dans les fonctions commerciales en Italie : 75 postes supprimés.
° Décembre 2018 : une réorganisation est annoncée dans les fonctions support: 700 postes supprimés en France, 142 en Allemagne.
° Décembre 2018 : un projet de transfert de salariés vers le sous-traitant informatique Cognizant est annoncé dans certains métiers de l’informatique : 80 postes supprimés en France.
° Mars 2019 : une réorganisation est annoncée dans les fonctions commerciales : 640 postes supprimés en Europe, principalement en France et en Allemagne.
° Mars 2019 : une réorganisation est annoncée dans la Supply Chain : 100 postes supprimés en Europe.
° Mars 2019 : délocalisation vers Barcelone des fonctions centrales de la Supply Chain : 12 personnes impactées.
° Avril 2019 : délocalisation de certaines fonctions support vers la Hongrie et externalisation.
° Juin 2019 : une réorganisation est annoncée en R&D : 299 postes supprimés en France et 168 en Allemagne.
Rappelons aussi la vente de Zentiva à Advent International avec environ 2500 postes supprimés en Europe au 2ème semestre 2018.
Mais il n’y a pas que des suppressions et des délocalisations, il y a aussi les allers-retours dans les choix des aires thérapeutiques :
A) Recherche Anti-infectieuse Antibactérienne, Antifongique, Antivirale :
– Abandon en 2002 à la suite de l’OPA de Rhône-Poulenc sur Roussel-Uclaf.
– Reprise d’une recherche dans cet axe à Toulouse en 2008 dans Sanofi suite à nos arguments pour développer cet axe répondant à des besoins majeurs dans de nombreux pays.
– Décision de Sanofi de vendre les activités scientifiques de Toulouse en 2013, l’axe anti-infectieux est transféré à Lyon où, affirme la Direction, il y aura des synergies avec Sanofi Pasteur. Environ 80 salariés sont transférés de Toulouse, Montpellier et Vitry en 2014-2015.
– Décision en 2018 de se séparer de cet axe de recherche comprenant une centaine de salariés par une vente à l’entreprise Evotec, avec pour argument que les anti-infectieux ne sont plus une priorité pour Sanofi.
B) Recherche en Diabète et Cardio-Vasculaire :
– Fermée en 2010 à Toulouse.
– Réintroduite en 2015 à Chilly-Mazarin après l’acquisition d’une molécule.
– Abandonnée à nouveau en 2019.
C) Recherche en Neurologie :
– Recentrages sur des maladies neuro-dégénératives rares et abandon de tous les autres axes de recherches.
D) Recherche en Oncologie :
– Arrêt de la recherche à Montpellier en 2010, recentrage uniquement sur Vitry.
– Sanofi annonce vouloir se recentrer sur cet axe en 2019 alors que les expertises de 2010 ont disparu.
Et tout cela se passe dans un Groupe qui a fait en 2018 un chiffre d’affaires de 34,5 milliards d’euros et un bénéfice de 6,8 milliards d’euros, Groupe qui se félicite de sa Responsabilité Sociale d’Entreprise (RSE) !
Ces restructurations sont d’autant plus inacceptables que Sanofi perçoit chaque année entre 120 et 130 millions d’euros de crédit d’impôt du gouvernement français, normalement pour développer la recherche en France et les collaborations en France et en Europe. Où est l’éthique de Sanofi quand cet argent est utilisé pour financer les plans de restructuration et saborder sa R&D?
Outre le côté scandaleux d’un point de vue moral, il est alarmant de constater qu’avec l’externalisation à outrance, Sanofi se met soi-même en danger vis-à-vis du devoir de vigilance.

Nous, élus du Comité d’Entreprise Européen, demandons l’arrêt de ces plans massifs de suppressions de postes et de perte de compétences. Nous considérons que ces orientations stratégiques erratiques menacent sérieusement l’emploi pour l’ensemble des sites et des activités en Europe aussi bien en R&D que dans l’industriel.
Ces désengagements de Sanofi représentent un danger pour notre responsabilité sociale en matière de santé publique.

Ruptures de médicaments et de vaccins

Thierry Bodin et Bernard Dubois (*)
(*) Thierry Bodin est statisticien, militant syndical.
Bernard Dubois est cadre assurance qualité, militant syndical.

Combien sont-ils ces patients atteints de pathologies incurables en attente d’un traitement issu de la recherche ? Une attente certes terrible, mais compréhensible quand la recherche est menée et financée. Leur impatience légitime est soumise à la seule rude épreuve du temps de la découverte dans le respect des « règles de l’art ».
Mais dans quel état d’esprit et de souffrances ajoutées sont-ils quand ils entendent :
° Que les laboratoires ne s’intéressent pas à leurs maux pour cause de marché restreint, ou parce que l’axe de recherche n’étant pas estimé suffisamment rentable il est abandonné (ainsi du domaine des anti-infectieux)?
° Que la recherche publique manque de tout et se vend aux laboratoires privés pour survivre?
° Que leur espérance de vie dépend de dons défiscalisés de particuliers ou d’entreprises?
° Que les services publics qui les prennent en charge sont fermés ou privatisés, et dans tous les cas en sous-effectif et en sous-investissement ?
Des situations dramatiques, injustes, voire criminelles ! Qui invitent à corriger la réponse politique…
Et que dire quand le traitement existe et qu’il n’arrive pas jusqu’au patient?

Rupture de stocks…
On parle de rupture de stock, comme on l’entend parfois dans les commerces de la grande distribution. Dans ce cas c’est pour le client un désagrément, et pour le commerçant une faute grave d’avoir laissé le marché à la concurrence. Or, pour le médicament, le constat est indéniable : dans notre pays et dans le monde, il y a bien des ruptures et celles-ci sont en augmentation.
Quand on parle de pénurie, ou de rupture, il faut se poser la question d’où vient-elle?
• D’une augmentation de la demande?
• D’un manque de capacité?
• De problèmes de qualité?
• D’une volonté de maintenir des ruptures créées pour maintenir des prix élevés de la part de différents acteurs?
Elles résultent pour beaucoup de la stratégie financière des laboratoires pharmaceutiques et des choix industriels qui en découlent.

Les raisons évoquées pour expliquer les ruptures sont de plusieurs types :
• Des problèmes d’approvisionnement de principes actifs. Ils sont liés à la stratégie d’externalisation de la production des principes actifs chimiques, le plus souvent dans des usines en Chine ou en Inde où les problèmes sont fréquents (qualité insuffisante, production stoppée pour de multiples raisons…).
• Des problèmes environnementaux. Touchant aussi bien notre pays, pour un non-respect des normes environnementales (c’est le cas de Sanofi pour son usine de Mourenx), que d’autres usines dans le monde, ils conduisent à un arrêt des installations.
• Des problèmes dans les usines de production : capacité insuffisante, problème de qualité des principes actifs ou des formulations pharmaceutiques internes (médicaments, vaccins…). Ils surgissent régulièrement et sont attribuables à plusieurs facteurs : investissements insuffisants, maintenance de moins en moins préventive ce qui conduit à des arrêts de production, moyens humains insuffisants au regard des procédures à suivre et des volumes à produire, et perte d’expertise.

Les stratégies de l’industrie pharmaceutique
Depuis quelques années, l’industrie pharmaceutique veut augmenter sa rentabilité et recherche en permanence dans l’industriel tous les gains de productivité possibles. Elle met en place des méthodes d’organisation et de suivi de la production inspirées par l’industrie automobile : indicateurs des arrêts de production et des causes, recherche des micro-temps libres des salariés pour caler des tâches supplémentaires en temps masqués (Total Productive Maintenance, Lean management, etc.). Toutes ces méthodes visent à réduire les effectifs en augmentant les opérations actives ou de contrôles sur le personnel restant. Elles s’affranchissent volontiers des bonnes pratiques de fabrication du Code de la santé publique. Elles aggravent la fatigue nerveuse et physique du personnel, ce qui augmente le taux d’absentéisme et le recours à l’intérim.
En outre, les restructurations en cascade, avec leur corollaire d’abandons ou de transferts de production, ont des conséquences majeures. Déplacer des machines, ou fabriquer un même produit sur d’autres équipements, n’est pas simple si les savoir-faire ne sont pas transférés. À cela s’ajoutent les aspects réglementaires, telle la mise à jour des dossiers pour les autorités sanitaires (qualifications initiales et opérationnelles, validations, états des lieux, dossiers de formation et d’habilitation). Ces mises à jour réglementaires sont longues et peuvent exposer les sites à des remarques de la part de ces organismes (ANSM, FDA…)
Ces perturbations régulières de l’outil industriel sont souvent accompagnées de suppressions de postes. Ces baisses d’effectifs sont aveugles du point de vue des pertes de compétence. À quoi s’ajoutent un manque de formation interne et un recours massif à l’emploi précaire (intérimaires/CDD), voire à des prestataires externes sur des postes permanents. Cela nuit à la qualité et à l’efficacité de la production des médicaments. En France, ces salariés, une fois formés, sont remerciés après 18 mois, par refus de les embaucher en CDI. De nouveaux sont embauchés. C’est un turn-over perpétuel de salariés précaires !
Dans les usines de production externe, des problèmes de qualité.
Les usines sous-traitantes sont souvent des usines vendues par ces grands laboratoires avec un contrat de production de 3 à 5 ans de médicaments dudit laboratoire. Pour ne citer qu’eux, Pfizer, Sanofi ont modifié par leur restructuration le tissu industriel pharmaceutique français et européen en aidant à l’implantation de façonniers aux moyens considérablement inférieurs puisqu’ils vivent des productions laissées par ces grands laboratoires. Ce sont souvent des petites productions, avec des saisonnalités fortes et souvent difficiles à fabriquer. Autant de critères qui nuisent à la productivité.
Les sous-traitants sont conduits au fil du temps à une dégradation de l’investissement, à des efforts coûteux en matière de maintien de la qualité des productions, et inévitablement à des ruptures.

Des problèmes de distribution
Les laboratoires mènent souvent une politique de stocks minimum, ce qui accroît les risques de rupture. Certains laboratoires assument ces politiques de stocks de bas niveau et communiquent sur la mise en place d’une gestion réduite et cadencée des commandes clients. Ces phénomènes sont accentués lors de fermetures ou d’externalisation de sites de distribution. Les sites industriels sont également soumis à la même rigueur de stocks bas par la mise en place d’indicateurs multiples, dont l’un est le suivi du « temps de cycle », à savoir le temps passé à l’usine entre la réception et l’expédition des principes actifs et excipients (ces stocks intermédiaires sont considérés comme des coûts). En cas de problème important, il y a rupture.

La finance ou la santé !
En fait c’est toute la chaîne du médicament de la recherche à la distribution qui est fragilisée par la stratégie financière des laboratoires pharmaceutiques. En production/distribution, la politique de flux tendu, de baisse des coûts, avec moins de moyens humains et des réorganisations permanentes, ne peut qu’engendrer des ruptures.
Face à ce constat, en France, la loi dite « Santé » de 2016 a procédé à un renforcement de l’arsenal juridique de lutte contre les ruptures d’approvisionnement. Son article 151 a inséré dans le Code de la santé publique une définition des MITM (médicaments à intérêt thérapeutique majeur). Des spécialités thérapeutiques dont l’indisponibilité représente un danger pour la survie des patients.
Il est normalement imposé aux exploitants d’élaborer et de mettre en place des plans de gestion des pénuries (PGP) destinés à prévenir et pallier une rupture de stock sur un MITM. Les laboratoires rechignent, cherchent à se soustraire à leurs obligations et les ruptures continuent. En fait ils sont favorables à une solution de financement par la collectivité. Par exemple via une revalorisation du prix des médicaments anciens. Certes, ce n’est pas absurde au vu du décalage croissant avec le prix des nouveaux médicaments (qui ne rendent pas toujours un aussi bon service médical). Pourtant, au-delà de tel ou tel produit dont la fabrication n’est plus rentable, la plupart des laboratoires ont grâce à leurs autres productions des moyens amplement suffisants pour maintenir et garantir ces fabrications. C’est pourquoi des mesures qui pénaliseraient fortement les laboratoires qui refuseraient de répondre à leurs obligations de santé publique sont tout à fait envisageables et souhaitables.

Reste qu’un changement de système serait bien plus efficace !
Les multinationales pharmaceutiques sont gérées comme d’immenses machines à profit au service exclusif de la production de dividendes pour les actionnaires qui n’ont pour la plupart aucune idée sur le comment ils s’enrichissent. Comme le dit le dicton « il fait bon vivre à ne rien savoir ». Il n’en demeure pas moins vrai que ces entreprises ont les moyens d’organiser un cercle plus vertueux de la recherche à la distribution. Mais ils n’en ont nullement l’intention.
On sait à quel point les agences de notation, comme Standard and Poor’s ou Moody’s, ont un effet délétère sur les pays. On sait moins qu’ils ont le même impact sur les entreprises, les notes attribuées conditionnant l’accès au crédit : plus la note est basse, plus les taux d’intérêts sont élevés. Ces agences surveillent également les passifs sociaux des entreprises, elles considèrent que les engagements statutaires à long terme vis-à-vis du personnel (primes d’ancienneté, de départ à la retraite, gratification, financement des systèmes de prévoyance et de soins de santé des salariés et des anciens salariés etc.) sont autant de frein à l’attractivité des investisseurs. C’est aussi pour cela que se développent les contrats précaires au mépris du droit de travail et de la gestion des compétences et des habilitations au poste normalement vérifiées par les agences réglementaires sanitaires et exigées par le Code de la santé publique.

Les entreprises pharmaceutiques mènent une stratégie financière rigoureuse, elles pratiquent un lobbying puissant à tous les niveaux de la société, elles exigent beaucoup des femmes et des hommes salariés, sous-traitants, service publics, personnel politique local ou national, au service de sa production de dividendes. Mais le seul retour à la collectivité qu’elles pratiquent volontiers c’est le mécénat, ou le caritatif via leurs fondations, à condition que cela génère de la défiscalisation.
Il est grand temps que ce bien commun qu’est le médicament au service d’un besoin fondamental comme la santé soit exfiltré des mains des profiteurs.
« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », disait Rabelais. La finance n’est pas une science, quant à la production de médicament elle fait tout au long de son élaboration appel à de multiples savoirs scientifiques.

Lévothyrox

Emission « C Politique» 

AURORE GORIUS, journaliste, CATHERINE NOËL Médecin Angiologue à Rennes (35)

Les problèmes posés par le Levothyrox, ancienne formule, absent des pharmacies d’officines, durant plusieurs semaines et son remplacement par «sa nouvelle» formule.

Le Dr C. Noël, Médecin, angiologue à Rennes, et Aurore Gorius, journaliste d’investigation, sont intervenues sur le plateau de «C Politique» de la 5, Dimanche 7 Avril (de 1h 02/52 à 1h18). L’émission a réservé 16 minutes au Lévothyrox, «nouvelle formule», aux effets négatifs qu’elle a généré dès sa «mise sur le marché» (de la Santé).

Lancé, voici 30ans, par le laboratoire Merck-Sharp-Dome (MSD), le Lévothyrox donnait entière satisfaction aux 2,6 millions de patients atteints de troubles thyroïdiens, au point de garantir au laboratoire une position de monopole sur le marché. Pourquoi, alors, une « nouvelle formule»? Réponse : « C’est la réponse à une demande de l’ANSM* ».  Sauf que la «nouvelle formule», substitue à l’excipient ancien, le lactose, de l‘acide citrique et du mannitol**.Devant la montée en puissance des troubles signalés par les plaintes, la réponse de MSD a consisté à qualifier « d’hystériques » (dont la comédienne Annie Duperrey), les patients qui se plaignaient de fatigues, maux de tête et troubles fonctionnels variables. 

Levothyrox: Une étude met en cause la substituabilité des formuleshttps://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKCN1RG1L2-OFRTP

Or une équipe de scientifiques de l’université de Toulouse a épluché les données fournies par le laboratoire Merck, qui fabrique le Levothyrox, lors de la validation de la nouvelle formule de ce médicament en mars 2017. Et leur étude, publiée dans la revue Clinical Pharmacokinetics (en anglais) jeudi 4 avril, sonne comme une victoire pour les malades qui pointent du doigt la nouvelle formule. Les résultats des chercheurs permettent en effet d’affirmer qu’il existe bien des différences entre l’ancien et le nouveau Levothyrox, prescrit contre l’hypothyroïdie. 

Par ailleurs, des proximités préoccupantes sont observées dans le déroulement des opérations :

/ La demande expresse de cette nouvelle formule par l’ANSM, au laboratoire est exprimée par un membre de l’Agence, récent consultant rémunéré du laboratoire. 

 / Le mannitol et l’acide citrique que contient la nouvelle formule permettent à MSD d’avoir accès au marché des BRICs (pays émergents Brésil, Inde, Chine) où les maladies chroniques vont apparaître.

/ L’ancienne formule donnant satisfaction depuis 30 ans, rien n’obligeait MSD à lancer en France cette nouvelle formule si ce n’est que : à «nouvelle formule, nouveau prix de vente».

/ A ce jour, 4.000 plaintes ont été déposées contre MSD.

/Le Président Macron n’a jamais répondu au Dr Catherine Noël, qui prenait elle-même du Lévothyrox,  et lui signalait les effets négatifs de la «nouvelle» formule du Lévothyrox.

/ Une pétition, initiée par Mme Sylvie Robache, est en cours de signatures en France.

Les suites :

/ Une plainte est en cours d’Instruction auprès du Parquet de Marseille.

/ Des recherches au CNRS sont en cours.

/ Est posée la question de la mise en place d’une Commission d’Enquête Parlementaire

* Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé

**le Mannitol est utilisé pour étudier la fonction rénale. Acidifiant, il peut donner des maux de têtes, or c’est un des troubles le plus souvent évoqué par les plaintes des usagers le nouvelle formule.     

Auteur:

Michel MOUREREAU                                                                                                     

Les brevets, un historique

Eliane Mandine

Marrakech 1994, une date importante. Se met en place l’OMC, organisation internationale à vocation d’établir des lois commerciales. Les pays contractants décident d’intégrer aux négociations un accord plus spécifique sur les services, pour amener plus de libéralisation dans les services publics par un accord multilatéral des échanges de services. Parmi les services se trouvent les activités de santé. Les activités de santé deviennent des activités commerciales ; les biens et produits de santé deviennent des marchandises relevant de l’OMC, sur un marché mondialisé.

L’idée que la santé est une valeur non marchande, d’une santé publique disparait, le vocable qualité des soins remplace le droit d’accès pour tous.  

C’est la mondialisation de l’appropriation des médicaments par les détenteurs de brevets. Fait suite à un lobbying des firmes pharmaceutiques, surtout US.

A la suite (toujours en 1994 à Marrakech) sont mis en place les Aspects des Droits de Propriété Intellectuelle (PI) qui touchent au commerce (ADPIC). Il est décidé que tous les états membres de l’OMC sont soumis aux mêmes droits de PI sur les médicaments, quel que soit leur niveau de développement ou capacité à produire des médicaments. Le brevet sur les médicaments est légitimé par le droit international, et contrevenir à ce droit est un délit.

Cet accord est ratifié par la France en 1995. En le ratifiant nous avons accepté que les services de santé deviennent des marchandises relevant du droit commercial international. Ce qui est en contradiction avec le fondement droit aux soins, qualifié de chose hors le commerce. En contradiction avec le code de déontologie médicale : « la médecine ne doit pas être considéré comme un commerce ».

Il existe un avant et un après 1994

Avant 1994, un pays ne possédant pas la capacité de développer un médicament ne délivrait pas de brevet. Pour ces pays l’importation d’un pays tiers, ou la production d’un générique (cas de l’Inde), même protégé par un brevet n’était pas qualifié de contrefaçon. Cette possibilité permettait aux pays pauvres d’avoir accès aux médicaments à des prix modérés, les génériques étant moins chers que les produits de référence équivalents protégés par les brevets.

Après la ratification des accords de Marrakech, produire la réplique d’un médicament encore sous brevet n’est plus autorisé. C’est un acte qualifié de contrefaçon (délit international passible de sanction). 

Ont été pénalisés tous les pays ne possédant pas les capacités de produire un médicament, principalement les pays  du Sud.

Les perdants :

L’Inde qui s’était doté d’une industrie capable de produire des génériques, au détriment d’infrastructures de recherche capables de développer de nouveaux médicaments, s’est vu pénaliser par ces accords, qu’elle a dû ratifier en 2005.

Les gagnants :

Les firmes pharmaceutiques des pays industrialisés : réduction de la concurrence pour leur produit

Puis il y a eu les procès en Afrique du Sud, suite à la pandémie du VIH. Possibilité, obtenue grâce à l’ampleur des protestations en Afrique du Sud et sur toute la planète, de produire des génériques bien que sous protection des brevets, au nom de la santé publique,

Suite à ce procès, des pays en développement demandent qu’une flexibilité soit introduite dans les ADPIC, que rien ne puisse empêcher les Etats de prendre des mesures pour protéger la santé publique de leur population. 

Ce sont les accords de Doha, en 2001 qui introduisirent la possibilité à un pays de produire des copies de médicaments même si protégés par un brevet en cas de situation d’urgence sanitaire nationale comme le SIDA, le paludisme, la tuberculose ou “d’autres épidémies : la licence obligatoire (ou licence d’office)

Une dérogation aux droits des brevets autorise les pays producteurs de médicaments génériques, comme l’Inde, le Canada ou le Brésil, à vendre des copies de produits brevetés à des pays incapables d’en fabriquer eux-mêmes.

Licence obligatoire (LO) : un défi à la puissance américaine certes mais pratiquement inefficace : 

Des organisations humanitaires comme Oxfam dénoncent très vite l’inefficacité de la licence d’office ; 

Les recours aux LO demeurent épisodiques : de 1995 à 2012 seulement 24 LO sont enregistrées ; principalement ce sont les pays du Sud à revenu intermédiaire qui y ont recours

Trop compliquées à mettre en œuvre pour les pays pauvres : un médicament peut être protégé par plusieurs centaines de brevets : des procédures à n’en plus finir, compliquées, onéreuses.

 4 années d’effort pour le Rwanda, avec l’aide de MSF, pour obtenir la production d’antirétroviraux génériques (produits par le Canada)

Si une licence obligatoire est délivrée,  une rémunération adéquate de compensation doit être donnée au détenteur du brevet, compte tenu de la valeur économique de l’autorisation

Des laboratoires pharmaceutiques ripostent avec l’exclusivité des données cliniques (durée 10 ans). Un générique, une fois produit doit être validé : il est comparé au produit de référence dans au moins un essai clinique. Ceci est rendu impossible si les données cliniques du produit de référence ne sont pas publiées. 

Maintenant c’est le secret des affaires qui est mis en avant : transparence assurée par les brevets  >  au secret industriel.

Compte rendu du débat

Malgré une météo peu clémente ce soir là, empêchant de nombreux invité(e)s, 30 personnes ont saisi l’invitation au débat durant un peu plus de 2 heures, dans le cadre convivial du café culturel et associatif du Lieu-Dit (Paris 20e).

L’introduction situe le contexte dans lequel les premiers signataires (un peu plus d’une centaine) ont décidé de rendre public ce manifeste « pour une appropriation sociale du médicament » : le rapport annuel d’Oxfam sur la concentration de la fortune des 26 plus riches milliardaires détenant autant d’argent que la moitié de l’humanité, les luttes à l’hôpital, le mouvement durable des gilets jaunes … Actualité en phase avec le sujet de la rencontre : comment sortir le médicament du carcan de la finance. 

Un constat fait l’unanimité : celui du changement de paradigme de l’industrie pharmaceutique, avec l’abandon du développement interne et l’adaptation totale de sa politique industrielle et de recherche à la financiarisation capitalistique de l’économie.  Les grands laboratoires ne veulent prendre aucun risque financier. Ils exercent de ce fait pression et ingérence sur la recherche publique pour que celle-ci prenne à sa charge les développements à risque. Ils déportent leur responsabilité d’industrialisation des procédés sur des start-up. C’est un détournement des moyens de la recherche publique alors que les budgets publics sont sans cesse en régression. 

La situation actuelle n’a donc plus rien à voir avec la période initiale de formation de ces groupes, antérieurement entreprises intégrées liant potentiels de la recherche et de la production. Aujourd’hui les milliards de profits réalisés sont distribués à 80% en dividendes vers les actionnaires ou en opérations financières (rachats d’actions, fusions/acquisitions, restructurations). Les Big Pharma s’octroient tout pouvoir pour la fixation des prix des médicaments, sans aucune transparence, remettant en cause l’égalité d’accès aux traitements. 

Les conséquences pour la vie humaine, insupportables, sont dénoncées. Que de vies brisées, de souffrances, dans le monde. Didier Lambert, co-président de l’association E3M, association des malades de myofasciite à macrophages, témoigne du coût humain de telles orientations. Rappelant que l’association est sans ambiguïté favorable à la vaccination, il fait un bref rappel historique de l’état des recherches menées par l’équipe de l’INSERM, experte en pathologie neuromusculaire, conduite par le Pr. Romain Gherardi . Le travail de cette équipe depuis les années 1990, a permis d’identifier les causes de cette maladie : les adjuvants aluminiques, adjuvants présents dans les vaccins. Ces travaux sont aujourd’hui repris par la communauté scientifique internationale, renforçant la recherche fondamentale faite de longue date par le Pr. Chris Exley (Grande-Bretagne) sur la toxicité de l’aluminium. Celui-ci vient de découvrir des taux d’aluminium extrêmement élevés dans le cerveau de personnes autistes, stockés dans des endroits inhabituels (en intracellulaire) et transportés dans le cerveau par des macrophages. La piste vaccinale comme pouvant être à l’origine de cas d’autisme, s’en trouve renforcée. Or les industriels, les pouvoirs publics et les autorités sanitaires, persistent dans le déni. Pourtant la solution est connue : le changement d’adjuvant. Le phosphate de calcium, connu comme étant au moins aussi efficace que les sels d’aluminium, était utilisé lorsque l’Institut Pasteur fabriquait les vaccins. Avant la privatisation de sa branche production, rachetée par le laboratoire Mérieux. L’enjeu est mondial. 

Laurence Cohen, sénatrice du groupe CRCE, vice-présidente de la commission des Affaires sociales, rappelle son expérience autour de la mission d’information sénatoriale relative à la « pénurie de médicaments et de vaccins » d’octobre 2018. Ce rapport met en évidence non seulement la responsabilité des industriels mais également le coût humain et financier qu’engendrent ces défaillances, notamment pour notre système de Sécurité sociale. Ces gros laboratoires touchent des fonds publics sans engagement de leur part en matière de santé publique. Or la majorité au Sénat a voté contre la publication de ce rapport. Elle souligne que dans l’hémicycle, chaque fois qu’il est question de maîtrise publique (ou de pôle public), il y a barrage quelque soit les gouvernements successifs, une volonté politique d’entraver. Les laboratoires ont ainsi toute puissance sur la fixation des prix des médicaments, en se masquant derrière une soi-disante intention de défendre la santé. Or le seul critère projeté est celui du taux de rentabilité actionnariale. Le groupe CRCE a considéré que le rapport n’allait pas assez loin. Un amendement proposant de rendre public l’historique des ruptures de stocks par laboratoire, a été déclaré hors sujet ! Les laboratoires produisent à bas coût dans les pays en voie de développement (PVD). Au moindre ennui, c’est toute la production qui est impactée, une des causes des pénuries de médicaments et vaccins. Pénurie qui constitue aussi des dépenses pour les services publics hospitaliers, dans la recherche des stocks disponibles (représente 16 postes temps plein pour l’APHP). 

Dans ce contexte, mettre en cause les brevets sur les médicaments, est juste mais c’est un « gros morceau ». Il faut être « bien armés » contre les Big Pharma, car leur lobbying est puissant, souligne une ancienne fonctionnaire à l’OMS chargée du dossier sur les médicaments essentiels. Elle invite à avoir effectivement une vision européenne et internationale, à intégrer cette remise en cause des brevets dans le combat plus global pour la santé. Cette politique industrielle pousse à breveter alors que l’efficacité de certains traitements ou médicaments est en question. La transparence sur les prix des médicaments est conjointement une grande bataille. Qu’est ce qu’un prix juste pour une industrie qui a déjà largement engrangé le retour sur investissements ? 

Deux intervenants témoignent de la situation actuelle en psychiatrie. Les médicaments prescrits sont soit très onéreux soit bon marché. Mais pour alimenter ce marché, les laboratoires en viennent à créer de nouvelles pathologies ou de nouveaux syndromes. Aux Etats Unis, on expérimente les psychotropes sur des enfants ou des jeunes, en prévision de troubles potentiels ! Les soins, ce n’est pas seulement prescrire les médicaments, insistent-ils. Les prix des médicaments sont « calés » en fonction des systèmes de santé. Donc nous ne sommes pas égaux devant la santé, la vie, la mort… Pourquoi pas un observatoire citoyen pour la transparence ? Sachant qu’il est nécessaire d’intervenir en amont sur les choix de recherche. 

Un débat s’instaure sur la visée ? Le médicament bien commun, ce n’est pas seulement pour la France ou l’Europe, mais un bien commun pour l’humanité, donc à l’échelle monde. L’absence ou la négation du rôle du citoyen en tant qu’individu ou représenté par les syndicats, les associations ou les élus, fait que ce qui domine en matière de brevets est la non transparence. D’où l’exigence de maîtrise publique et sociale. Il ne s’agit pas de produire des médicaments mais de produire des médicaments utiles, en fonction des besoins réels et du retour d’expérience, donc de l’avis des professionnels de santé et des citoyens, associations, patients. Pôle public à l’échelle européenne ? Cela fait débat …Il y a une certaine défiance. Service public du médicament où prime l’exigence de transparence ? Les participants s’accordent sur le fait que les luttes concrètes ou les alternatives doivent s’inscrire dans la visée de dégager la chaîne du médicament de la domination des Big Pharma. Avec les brevets, on s’attaque effectivement à la domination de la propriété y compris intellectuelle. Ce débat doit être public sous contrôle des citoyens. Pierre Dharreville, rappelle que le groupe des députés communistes est intervenu dans le débat parlementaire exigeant la transparence sur le prix des médicaments, pour rendre public la part du coût de la recherche dans le coût global. Ces exigences sont maintenant au devant de l’actualité. Ce qui explique que s’accentuent les pressions des Big Pharma, pour mettre beaucoup d’obstacles à la connaissance de la composition du prix. Il y a des failles qu’il faut utiliser : un contrôle efficace a pu mettre en évidence des pratiques frauduleuses. 

L’échange insiste sur la nécessité de se préoccuper des traités de libre échange. Eliane Mandine intervient pour rappeler l’historique. Marrakech 1994, une date importante. Se met en place l’OMC, organisation internationale à vocation d’établir des lois commerciales. Les pays contractants décident d’intégrer aux négociations un accord plus spécifique sur les services, pour amener plus de libéralisation dans les services publics par un accord multilatéral des échanges de services. Parmi les services se trouvent les activités de santé qui deviennent des activités commerciales ; les biens et produits de santé deviennent des marchandises relevant de l’OMC, sur un marché mondialisé.

L’idée que la santé est une valeur non marchande, d’une santé publique, disparait, le vocable qualité des soins remplace le droit d’accès pour tous.

A la suite (toujours en 1994 à Marrakech) sont mis en place les Aspects des Droits de Propriété Intellectuelle (PI) qui touchent au commerce (ADPIC). Il est décidé que tous les états membres de l’OMC sont soumis aux mêmes droits de PI sur les médicaments, quel que soit leur niveau de développement ou capacité à produire des médicaments. Le brevet sur les médicaments est légitimé par le droit international, et contrevenir à ce droit est un délit. C’est la mondialisation de l’appropriation des médicaments par les détenteurs de brevets. Il y a donc un avant et un après 1994. Les perdants ? Tous les pays ne possédant pas de capacités de produire des médicaments, principalement les pays du Sud. Les gagnants ? Les firmes pharmaceutiques des pays industrialisés. Les pays en développement ont demandé qu’une flexibilité soit introduite dans les ADPIC, pour protéger la santé publique de la population (Accord de Doha 2001). Depuis, les Firmes ont trouvé les moyens de contourner les dérogations au droit des brevets comme aux obligations des Licences d’office. Si Licence obligatoire est délivrée, une rémunération de compensation doit être attribuée au détenteur du brevet et les labos pharmaceutiques ripostent avec l’exclusivité des données cliniques (durée 10 ans). 

En conclusion, à la question posée de quelles suites ? Un souhait général d’approfondir les diverses pistes alternatives aux brevets, de coopération avec les divers collectifs déjà constitués, qui ont produit des travaux dans ce champ d’intervention. Des questionnements ont été émis :

  • Pour les brevets, il serait intéressant de différentier ce qui est propre au médicament de ce qui est recherche sur diagnostic. Définir un domaine d’interdiction du brevetage dont le domaine du vivant. Les tentatives actuelles sont très graves. Les licences d’office n’empêchent pas les brevets sur le vivant : concept de biopiraterie.
  • Revenir sur les droits d’usage ; Peut-on substituer à la notion de brevets celle de reconnaissance intellectuelle ?

Effectivement, à suivre …